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Candi Selogriyo : Là où la dévotion hindoue ancienne rencontre le paysage époustouflant de Java

Nichée au milieu de verdoyantes terrasses de riz sur les pentes du mont Sumbing, Candi Selogriyo se dresse comme un témoignage discret de l’héritage spirituel de l’ancien royaume de Mataram. Un joyau caché où l’histoire, l’architecture et la nature se fondent harmonieusement.

Candi Selogriyo : Un lieu pour admirer la beauté naturelle sur les pentes du mont Sumbing

Candi Selogriyo est l’un des vestiges hindous anciens enfouis sur les pentes du mont Sumbing, dans le hameau de Campurejo, village de Kembangkuning (ou Candisari), sous-district de Windusari, régence de Magelang, Java central. Le temple est situé sur une colline à environ 740 mètres d’altitude et est entouré de champs de riz en terrasses, de bois et d’un paysage verdoyant luxuriant. Pour atteindre le site, il faut marcher environ 2 kilomètres le long de sentiers sinueux à travers la campagne javanaise paisible et typique. Cette région est souvent appelée « l’Ubud de Magelang », car la beauté naturelle qui l’entoure rappelle les rizières en terrasses et les montagnes d’Ubud à Bali.

L’espace du temple au sommet de la colline ne fait qu’environ 300 mètres carrés, ce qui n’est pas très grand. En revanche, le terrain entretenu par le gouvernement, de la porte d’entrée jusqu’au sommet, dépasse les 1 000 mètres carrés. Ce cadre calme et agréable contraste fortement avec la longue histoire mouvementée du temple.

Histoire et contexte de sa construction

On estime que Candi Selogriyo a été construit entre le VIIIe et le IXe siècle de notre ère, à l’époque où le royaume ancien de Mataram était gouverné par la dynastie Sanjaya, adepte de l’hindouisme shivaïte. Cette période correspond à celle de la construction des temples du plateau de Dieng et de Candi Gunung Wukir (Canggal). Le temple fut redécouvert en 1835 par Hartmann, le résident de Magelang. À cette époque, il était déjà en ruines.

L’inscription de Mantyasih (907 ap. J.-C.), rédigée par le roi Balitung, désigne les pentes du mont Sumbing comme un patapan, c’est-à-dire un lieu d’ascèse. Cela suggère que Candi Selogriyo aurait pu être un site dédié au culte de Shiva, à la méditation, ou peut-être à l’enseignement religieux (kadewaguruan). Son existence témoigne de la rencontre entre les traditions hindoues shivaïtes et les influences bouddhistes de la dynastie Shailendra, qui construisit Borobudur dans la même région.

Certains chercheurs le relient au concept de Caturasrama, les quatre étapes de la vie dans l’hindouisme. La troisième étape est souvent pratiquée sous forme d’ascèse dans les forêts ou les lieux sacrés. Les socles en pierre retrouvés près du temple indiquent qu’il existait autrefois d’autres structures en bois, telles que des pavillons, qui pouvaient servir à des cérémonies, à l’enseignement ou à des rassemblements de la communauté religieuse.

Architecture de Candi Selogriyo

Candi Selogriyo est un excellent exemple de l’architecture des temples hindous de Java central à l’époque de Mataram. Bien que relativement simple, il possède une grande valeur symbolique. Contrairement aux grands complexes comme Prambanan ou Borobudur, Selogriyo a été construit comme un édifice unique, sans temples secondaires (perwara). Cela indique qu’il était destiné à être un lieu intime de dévotion ou de méditation. Son style architectural est profondément ancré dans les traditions hindoues shivaïtes, tout en étant adapté au contexte javanais.

Plan au sol et dimensions générales

Le temple présente un plan carré. La partie principale mesure environ 5,2 mètres sur 5,2 mètres. Ce plan adopte une forme de carré à projections décalées, avec de petites saillies sur chaque côté des murs qui forment des niches pour les statues. Situé au sommet d’une colline d’environ 300 m², il ressemble à un petit sanctuaire autonome.

Il n’y a pas de grand escalier menant à la salle principale ; l’entrée est basse et donne directement sur le sanctuaire central (garbhagriha). Le temple est orienté vers l’est, conformément aux croyances hindoues javanaises traditionnelles selon lesquelles l’est est la direction du lever du soleil et de Shiva en tant que créateur.

Le matériau principal est l’andésite, une roche volcanique solide et facile à tailler, extraite des pentes du mont Sumbing tout proche. Ce choix reflète l’approche à la fois pratique et durable de la période javanaise centrale.

Structure verticale : les trois parties principales (Tri-Loka)

Comme la plupart des temples hindous de Java, Selogriyo est structuré en trois parties verticales qui représentent les trois royaumes de la cosmologie hindoue (Tri-Loka) :

  • Base (Bhur-loka / Royaume inférieur) : La base solide ou soubassement symbolise le monde physique et la source de la vie. Cette partie est très sobre et peu décorée.

  • Corps (Bhurwar-loka / Royaume intermédiaire) : C’est la partie principale où humains et divinités se rencontrent. La salle sacrée (garbhagriha) s’y trouve, accompagnée de cinq niches à statues sur les quatre murs extérieurs. Les parois du corps sont relativement simples et ne comportent pas de longs reliefs narratifs tirés du Ramayana ou du Mahabharata, ce qui le rapproche davantage d’un temple secondaire (perwara) que d’un grand sanctuaire principal.

  • Toit (Swar-loka / Royaume supérieur) : Il adopte la forme d’une pyramide étagée (limasan) qui se rétrécit vers le haut, donnant l’impression de s’élever vers le ciel. Les différents niveaux représentent le passage du monde visible (sakala) au monde spirituel (niskala). Les motifs géométriques du toit (lignes droites et triangles) sont très caractéristiques et ont même influencé la conception des toits des mosquées javanaises traditionnelles par la suite.

L’élément le plus remarquable est le couronnement en forme d’amalaka au sommet du toit. Il s’agit d’un ornement plat et arrondi ressemblant au fruit keben. L’amalaka symbolise la pureté, l’éternité et le mont Mahameru, montagne sacrée de l’hindouisme. C’est l’une des caractéristiques les plus uniques de Selogriyo, car elle est rarement rencontrée dans d’autres temples de Java central.

Niches à statues et iconographie

L’un des aspects les plus importants est la présence de cinq niches sur les quatre côtés du corps du temple :

  • Côté nord : statue de Durga Mahisasuramardini, la déesse Durga terrassant le démon-buffle Mahisa. Elle représente la force féminine de Shiva (sakti), protectrice du bien.

  • Côté ouest : statue de Ganesha, le dieu à tête d’éléphant, qui écarte les obstacles et patronne la connaissance.

  • Côté sud : statue d’Agastya (également appelé Shiva Mahaguru), montrant Shiva sous les traits d’un sage maître dispensant l’illumination spirituelle.

  • Côté est, près de l’entrée : deux statues de gardiens, Nandiswara (aspect paisible de Shiva) et Mahakala (aspect féroce de Shiva tenant un trident).

On pense qu’il y avait autrefois un Lingga-Yoni, principal symbole de Shiva, à l’intérieur du garbhagriha. La chambre est aujourd’hui vide et la plupart des statues extérieures sont endommagées.

Ces statues ne sont pas seulement décoratives : elles forment un ensemble complet des « pancha dewa » (cinq formes de Shiva), renforçant le rôle du temple en tant que véritable lieu de culte shivaïte.

Détails décoratifs et ornementation

Les décorations de Candi Selogriyo sont simples et symboliques, plutôt que narratives :

  • Sur la base et le toit, on trouve des formes géométriques, des rinceaux floraux et des motifs triangulaires.

  • Il est probable qu’il y ait eu des motifs kala-makara (une grande tête de kala en haut et un makara semblable à un naga sur les côtés) au-dessus de l’entrée et des niches, mais beaucoup se sont érodés avec le temps.

Les motifs géométriques sur le toit et les murs auraient influencé le design traditionnel des mosquées javanaises, témoignant d’une continuité culturelle du période hindoue à la période islamique dans l’archipel.

Folklore et légendes locales

Les habitants de la région ont transmis plusieurs légendes orales, notamment l’idée que le temple aurait autrefois servi de lieu de méditation à un roi ou à un ermite. D’autres histoires évoquent une source sacrée utilisée pour des rituels de guérison, ou encore des sons de gamelan que certains disent avoir entendus certaines nuits. Bien que ces récits ne soient pas vérifiés, ils enrichissent la valeur spirituelle et culturelle du site et montrent comment l’héritage hindou continue de vivre dans la mémoire collective des Javanais.

Candi Selogriyo est bien plus que de vieilles pierres. C’est un témoin silencieux de la grandeur de l’ancien royaume de Mataram, une preuve des échanges interreligieux dans la tradition du Nusantara, et un magnifique mariage d’architecture, de spiritualité et d’environnement.

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