Le Cœur de l'Histoire et de la Culture Javanaises : Le Palais de Yogyakarta
L'histoire, la culture et la tradition javanaises demeurent bien vivantes au Palais de Yogyakarta, qui constitue un véritable centre de la culture javanaise au cœur de la modernisation rapide de la ville. Ce complexe est bien plus qu'un simple monument historique ou une attraction touristique ; il s'agit d'un palais royal vivant qui remplit encore aujourd'hui de nombreuses fonctions. Le palais, ou Karaton Ngayogyakarta Hadiningrat, est la résidence du Sultan ainsi qu'un lieu dédié aux événements traditionnels, aux représentations culturelles et aux activités éducatives. Le complexe palatial est également en partie ouvert au public, en tant que destination de tourisme historique et culturel.s also partly open to the public as a destination for historical and cultural tourism.

La Fondation du Palais de Yogyakarta
L'histoire du Palais de Yogyakarta est indissociable de la scission de l'ancien et puissant royaume de Mataram. Le traité de Giyanti, signé le 13 février 1755, a divisé Mataram en deux États : le Sunanat de Surakarta et le Sultanat de Yogyakarta. Le prince Mangkubumi devint par la suite le monarque du Sultanat de Yogyakarta, sous le titre de Sri Sultan Hamengku Buwono Ier.
La création du Sultanat de Ngayogyakarta Hadiningrat fut officiellement proclamée le 13 mars 1755. Plusieurs mois plus tard, le 9 octobre 1755, le Sultan Hamengku Buwono Ier entreprit la construction du palais. Durant la phase de construction, le Sultan et sa famille résidèrent dans le manoir royal d'Ambar Ketawang. Après près d'un an de travaux, la famille royale et sa cour commencèrent à occuper le Palais de Yogyakarta le 7 octobre 1756.
L'histoire du palais ne s'est pas achevée avec le déclin de la monarchie et de la domination coloniale. Suite à la proclamation de l'indépendance de l'Indonésie, Sri Sultan Hamengku Buwono IX et Sri Paduka Paku Alam VIII ont proclamé l'intégration de leur territoire à la République d'Indonésie par des déclarations officielles le 5 septembre 1945. Leur soutien a placé Yogyakarta dans une position clé au sein de l'histoire de la création de l'Indonésie et de sa guerre d'indépendance.
Une Architecture Riche de Sens
La partie centrale du Palais de Yogyakarta se compose d'un ensemble d'espaces en plein air appelés plataran. Ces cours sont reliées et séparées les unes des autres par des portails nommés regol. Le complexe comprend deux principaux types de bâtiments : le bangsal et le gedhong. Un bangsal est un pavillon ouvert dont le toit est soutenu par des rangées de piliers. Un gedhong est un édifice fermé doté d'un toit reposant sur des murs en bois ou en briques.
Le complexe principal du palais est divisé en sept cours, s'étendant de la place du Nord, ou Alun-Alun Utara, à la place du Sud, ou Alun-Alun Selatan. À l'avant se trouvent le Pagelaran et le Sitihinggil Lor. Autrefois, le Pagelaran était un lieu de rassemblement où les Abdi Dalem, ou serviteurs de la cour royale, se présentaient devant le Sultan lors des rituels royaux. Le Sitihinggil est le lieu officiel où siège le Sultan sur son trône, ou pour présider les grandes cérémonies. Le nom Sitihinggil dérive des termes javanais « siti », qui signifie « terre », et « hinggil », qui signifie « haute ».
La cour Srimanganti se situe au cœur du complexe. De nos jours, le Bangsal Srimanganti est utilisé pour les représentations culturelles royales et pour recevoir les hôtes du Sultan. À proximité se trouve le Bangsal Trajumas, qui servait à conserver divers héritages royaux précieux. Cet aménagement spatial démontre que les bâtiments du palais n'ont pas été conçus uniquement pour leur splendeur visuelle. Chaque structure possède sa fonction propre, son emplacement et son importance symbolique.
Le Palais et l'Axe Philosophique de Yogyakarta
L'importance du Palais de Yogyakarta ne réside pas seulement dans son architecture, mais également dans son emplacement au sein de l'organisation spatiale générale de la ville. Le palais est situé au centre de plusieurs sites emblématiques connus sous le nom d'Axe Philosophique de Yogyakarta.
Ces trois éléments ne forment pas une ligne parfaitement droite, mais d'un point de vue cosmologique, le mont Merapi, le Palais de Yogyakarta et l'océan Austral sont perçus comme un axe imaginaire. L'axe physique, quant à lui, s'étend du nord, depuis le monument de Golong Gilig, en passant par le palais, jusqu'au Panggung Krapyak au sud. Cette disposition illustre la notion philosophique javanaise de Sangkan Paraning Dumadi, portant sur la genèse et la finalité ultime de la vie humaine.
La route reliant Panggung Krapyak au palais symbolise la naissance, la croissance et le cheminement de l'être humain vers la maturité. En revanche, le chemin allant du monument au palais reflète le retour spirituel de l'humanité vers le Créateur. Ainsi, la signification des rues, des bâtiments, de la végétation et des espaces publics autour du palais s'entremêlent harmonieusement.
En 2023, l'Axe Cosmologique de Yogyakarta et ses monuments historiques ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. La zone identifiée s'étend sur un axe nord-sud d'environ six kilomètres de long et abrite le complexe royal ainsi qu'une série de monuments, d'espaces et de structures historiques. L'UNESCO reconnaît le site comme un témoignage majeur de la civilisation javanaise et de l'interaction des différents systèmes de croyance qui s'expriment à travers la conception de la ville, son architecture, ses rituels et ses traditions.
Un Centre pour la Préservation de l'Art et de la Tradition
Le Palais de Yogyakarta remplit également une fonction essentielle en tant que centre de préservation de la culture javanaise. Le palais demeure un lieu où diverses formes d'art sont étudiées et pratiquées, notamment la musique de gamelan, la danse classique, le théâtre d'ombres, le batik, la littérature et les coutumes cérémonielles. Le gamelan n'est pas un simple accompagnement aux représentations, mais fait partie intégrante des processions religieuses et majeures. Le palais abrite toujours une variété de reliques culturelles telles que des instruments de gamelan, des textiles en batik, des poignards kris, des marionnettes, des céramiques et d'autres objets patrimoniaux royaux.
Ce même dévouement à la préservation culturelle se retrouve dans plusieurs événements royaux appelés Hajad Dalem. L'une des traditions les plus célèbres est le Garebeg, célébré trois fois au cours de l'année du calendrier javanais : le Garebeg Sawal lors de l'Aïd el-Fitr, le Garebeg Besar lors de l'Aïd el-Adha, et le Garebeg Mulud pour honorer la naissance du prophète Mahomet. Lors de chaque événement Garebeg, le palais offre des gunungan, des offrandes de nourriture et de produits agricoles en forme de montagne, symbolisant la bienveillance du Sultan envers le peuple.
Une autre tradition marquante est le Sekaten, qui se déroule du cinquième au douzième jour de Mulud dans le calendrier javanais. Ce festival marque l'anniversaire du prophète Mahomet et illustre le lien étroit entre l'enseignement islamique et la culture javanaise. Ces cérémonies se perpétuent aujourd'hui, ce qui souligne que les traditions palatiales ne sont pas de simples divertissements. Elles font toujours partie intégrante de la vie sociale et spirituelle de la ville.
Le Palais comme Lieu d'Apprentissage
Certaines parties du Palais de Yogyakarta sont ouvertes aux visiteurs. Le public peut y admirer son architecture traditionnelle et découvrir l'histoire de ses Sultans, à travers l'exposition de trésors royaux et des représentations culturelles. Le palais joue donc un rôle éducatif majeur en reliant les générations actuelles à l'histoire et aux valeurs culturelles du passé.
Une visite au palais démontre également que la culture ne se résume pas uniquement aux objets exposés dans les musées. La culture se transmet par la langue, l'étiquette, la tenue vestimentaire, la musique, la danse, les cérémonies, le savoir et le service dévoué des Abdi Dalem. Ces éléments se renforcent mutuellement afin que l'identité culturelle de Yogyakarta puisse traverser les époques.
Protéger le Patrimoine pour l'Avenir
Le Palais de Yogyakarta est l'exemple d'un héritage culturel qui demeure vivant et en constante évolution. D'une part, il conserve des traditions transmises à travers les âges. D'autre part, il doit s'adapter à l'expansion urbaine, aux constructions, au tourisme et aux changements de mode de vie de la population. L'UNESCO a souligné que l'expansion urbaine et les infrastructures touristiques font partie des défis qui doivent être minutieusement maîtrisés pour préserver l'Axe Philosophique.
Par conséquent, la protection du Palais de Yogyakarta ne concerne pas uniquement les structures physiques. Il est également essentiel de comprendre et de transmettre ses principes philosophiques, ses traditions artistiques, ses rites, ses savoirs traditionnels, ainsi que son lien avec la communauté au sens large. Grâce à un entretien approprié, le palais pourra continuer d'être une source de connaissances et de fierté pour les générations futures.
Conclusion
Le Palais de Yogyakarta est un point de convergence de l'histoire, du pouvoir politique, de l'architecture, de la religion, de l'art et de la vie sociale javanaise. Sa beauté réside non seulement dans ses pavillons, ses cours, ses portails et ses trésors royaux, mais aussi dans les valeurs qui constituent le fondement de son aménagement spatial et de ses traditions.
Plus de deux siècles et demi après sa création, le Palais de Yogyakarta demeure le cœur culturel de la ville. Sa survie même est la preuve de la manière dont l'héritage du passé peut continuer à vivre, à s'adapter à l'évolution de son temps et à donner du sens à la société contemporaine, sans pour autant perdre ses racines historiques.


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